mercredi 11 juillet 2012

Hip Hop allemand : CRO

Photographie: Delia Baum (here)
(que nous remercions pour son aimable autorisation de reproduire cette image)

En ce début d’été 2012, on assiste à un étrange phénomène en Allemagne : Une augmentation rapide de la population de pandas: 70.000 dans « Einfach So » (Tout simplement), 100.000 dans « Wir sind da » (Nous sommes là)  et 400.000 dans « 400.000 pandas erinnern sich » (400 000 pandas se rappellent). Cette multiplication intempestive n’est (hélas) pas due à l’action du WWF pour leur protection, mais à l’engouement du public et des internautes pour un jeune rappeur du Bade-Wurtemberg : CRO. 

Encore méconnu dans l’hexagone, adulé chez nos voisins allemands, CRO (Carlo Waibel à l’état civil) est originaire de Stuttgart – ville déjà célèbre pour avoir donné naissance aux Fantastischen Vier et à Freundeskreis. Du haut de ses 19 ans, le jeune rappeur fait figure de jeune prodige, puisqu'il est à la fois graphiste, designer, rappeur et producteur, et connaît un début de carrière qui fait rêver de nombreux MCs amateurs.
L’utilisation du masque chez CRO, n’est pas sans rappeler le rappeur berlinois SIDO, qui s’était fait connaître par le même procédé au début des années 2000. Cependant, du Panda à la tête de mort, la distance est clairement affichée CRO n’emprunte l’artifice que pour mieux rompre avec  la culture gangsta américanisée de « l’aggro rap » berlinois. 

Dans les textes de CRO, il n’est pas en effet question de violences urbaines, de drogues et d’argent facile. CRO affiche un Rap résolument léger et optimiste, parle de l’amour, de la vie, et de succès en termes simples. Son rap est le reflet d’une génération, celle des jeunes adultes partagés par la nécessité de se faire une place dans la société, et l’envie de prolonger l’insouciance de leur adolescence.


« Meine Zeit ist jetzt (…) noch kein Plan wohin doch bis jetzt war es fett » 
 (Auszug aus "Meine Zeit")

« Mon heure c’est maintenant (…) Je ne sais pas où je vais mais jusqu’ici c’était cool » 
(Extrait de "Mon Temps")

Clip de "Meine Zeit"

Côté esthétique, CRO s’inscrit résolument dans le mouvement indie / hipster (cf. « Meine Zeit » (Mon temps) et « Du » (Toi)) qui marquera sans doute durablement l'image de cette génération. A ce titre, et même si la comparaison est osée, les couleurs et les ambiances de ses clips ne sont pas sans rappeler Video Games de Lana Del Rey, par leur nonchalance, leur côté rétro et home made. Bref un pur produit de la génération Instagram - assez joli mais pas toujours original.

Clip de "Du" (Toi)

Si l’on cherche à le situer dans le paysage actuel du Rap français, le Rap de CRO se situe dans la même mouvance « retro 90’s » que le groupe parisien 1995 (un neuf neuf cinq pour les puristes).  Ils auront d’ailleurs l’occasion de se retrouver ce samedi 14 juillet au festival « Hip Hop Open », en compagnie de nombreux artistes de la scène Hip Hop allemande, comme Max Herre (ancien chanteur de Freundeskreis), Kool Savas ou encore le tout jeune groupe « Die Orsons ». 


Simple et rafraichissant, le rap de CRO sera un bon compagnon pour l’été 2012, que le rappeur inaugure d’ailleurs en beauté avec la sortie - le 6 juillet dernier - de son premier album « Raop » (contraction de Rap et Pop) chez le label Chimperator.

JX.

Retrouvez l'album sur Amazon





dimanche 1 juillet 2012

Chronique ciné: “The dictator”, par Larry Charles

Bonjour à tous !

Après un long mois d'absence, voici de quoi contenter les lecteurs de ce blog, avec le lancement d'une nouvelle chronique, dédiée au cinéma.

L’interprète de Borat, Ali G, et Brüno, signe son retour burlesque au cinéma en incarnant un nouveau personnage éhonté et provocateur : Aladeen.


Sortie nationale: 20 Juin 2012
Prince tyrannique de la République imaginaire de Wadiya, le jeune dictateur est interpellé par l’ONU à propos de son programme nucléaire ainsi que de la terreur qui règne dans son pays. Alors qu’il s’apprête à se justifier de ses actes auprès des plus grands dirigeants du monde, il est remplacé par un sosie, et privé de sa barbe, ce qui le rend alors non identifiable dans le grand flot New-Yorkais du commun des mortels.

Toujours aussi vulgaire et décalé que dans ses derniers films, Sacha Baron Cohen s’attaque ici à l’interprétation difficile d’une icône politique et religieuse. Larry Charles tire dans The dictator les ficelles des discours de régimes autoritaires fondamentalistes, tout autant que de ceux des onusiens, ou encore des altermondialistes, écologistes, etc…

Même les stars d’Hollywood y passent -nous n’en dévoilerons pas plus- et la capacité de Baron Cohen à aborder des questions sociales et politiques brûlantes avec autant de force, comme nul autre n’oserait, reste bluffante. C’est sûrement là que réside son côté novateur et moderne, calqué sur un scénario au contraire extrêmement basique et au comique d’un interprète prévisible, car fidèle à lui-même.

A.

jeudi 31 mai 2012

De l'importance de l'apparaître et de la contemplation dans l'expérience artistique


Il est fameux l'incipit du « credo du créateur »1 de Paul Klee, selon lequel « l'art ne représente pas le visible, il rend visible ». Nombreux sont ceux, alors, qui interrogent brutalement : « Que rend-il visible ? Rend-il visible l'invisible ? Nous parle-t-il du sacré ? Nous donne-t-il à voir le monde sous un jour nouveau ? ». Ils dilapident ainsi, par leurs pressantes injonctions et sans le savoir, toute possibilité de percevoir dans sa prime fraîcheur ce qui, durant l'espace d'un court instant, cherchait à se révéler à eux. Si la proposition de Klee, au-delà même du contexte de sa formulation, interpelle tant les consciences, si elle avive avec une telle acuité le souffle brûlant de l'énigme et le pressant désir d'y répondre, n'est-ce pas plutôt, en effet, parce qu'elle nous convie à se frayer à nouveau un chemin dans la sereine intimité de notre domaine intérieur ? N'est-ce pas parce qu'elle nous ouvre comme le pressentiment d'une autre possibilité, plus riche, plus profonde, plus personnelle, de nous ressentir dans le monde ? Ne convient-il pas d'abandonner le questionnement locutoire, pour revenir à une dimension plus fondamentale des arts plastiques, à savoir l'expérience d'un voir ?

Retrouvez moi
On a trop peu remarqué, en effet, que les arts plastiques en général, et la peinture en particulier, ne sauraient « rendre visible » que parce qu'il y a déjà, en amont, quelqu'un qui sait les contempler. Certes, l'artiste a su marier sur la toile la vivante alchimie de sa sensibilité et de sa technique ; mais cela ne serait encore rien s'il n'y avait personne pour recueillir et redéployer dans sa contemplation la profonde nouveauté de son geste créateur. En ce sens, la primauté du contempler sur l''apparaître renverse en peinture le traditionnel schéma de la communication : Il n'y a pas d'abord le peintre, puis l’œuvre, et ensuite le spectateur, mais le peintre et le spectateur qui se tiennent, dans leur capacité à contempler, à l'orée de l'apparaître de l’œuvre.

Que faut-il entendre alors par un tel appel au concept de contemplation ? A une époque caractérisée par la profusion de ce que l'on a coutume d'appeler les « arts visuels », par la multitude de leurs directions et de leurs questionnements, il semble, en effet, que la thématique du regard occupe plus que jamais une place déterminante dans les diverses formes d'expression de l'art contemporain. Mais cette diversité même souffre de sa propre richesse, de son éclatement, de son incapacité à se laisser saisir d'une manière unifiée et unitive. Libérée des exigences de l'esthétique classique2, l'image donnée comme artistique peine à retrouver dans la conscience du spectateur un statut défini, et se trouve être constamment menacée par ce que l'on pourrait appeler, à la suite du sociologue Zygmunt Baumann, une « esthétique de la consommation ».3 Vecteur de construction identitaire, la consommation, qui répond à un certain malaise de l'individu et qui se caractérise par une recherche toujours accélérée de la nouveauté tend en effet à saturer de ses sollicitations le processus visuel. Habitué aux nouvelles exigences de l'image « flash » - on sait que les plans cinématographiques des films hollywoodiens et de la publicité ne dépassent pas deux secondes -, aux réquisits conjoints de la vitesse et de la polyvalence que lui impose sa quotidienneté, l'individu coure le risque de ne plus aborder le champ de l'expérience phénoménale que sur ce seul mode d'appréhension. Combien grande est alors la perte, on le mesurera aisément aux acquis de la Critique kantienne : si le phénomène n'est jamais constitué qu'a priori, -c'est-à-dire qu'il se comprend dans la forme de son apparaître comme une manifestation du sujet connaissant plus que de la chose elle-même – si, ce faisant, l'expérience sensible donne à voir non point la nature des choses elles-mêmes mais l'expression des formes de la sensibilité sous lesquelles nous les appréhendons4, alors l'individu qui s'est laissé envahir par les formes aliénantes d'une expérience esthétique appauvrie, se lésera lui-même tout en l'ignorant de l'infinie richesse potentielle de son ressenti. Confronté à un malaise du voir qui prend sa source dans le voir lui-même, l'individu éprouve passivement un sentiment de pesanteur et d'enfermement sans être à même de clairement le nommer. L'expression « art visuel », en subsumant des domaines aussi divers que les arts plastiques traditionnels, le cinéma où les arts numériques, facilite, en un sens, un tel appauvrissement : Elle masque, en effet, le cœur même de leur différence qui tient précisément à la manière de les appréhender dans le regard.

Or, c'est précisément au danger d'une telle réduction esthétique du regard que vient répondre le concept de contemplation : Qu'est-ce à dire ? Pour reprendre contact avec le mot dans plénitude et sa fraîcheur peut-être convient-il de laisser d'abord parler les voix de l'étymologie. Le terme de « contemplation » dérive du latin contemplatio qui se donne comme l'exact équivalent du grec theōría (θεωρία). La contemplatio se réfère au templum, qui, avant de désigner le « temple », signifiait l'espace tracé dans l'air par le bâton des augures en vue de la prononciation des auspices, et par extension tout espace que la vue renferme dans ses limites. Dans la contemplatio le regard se donne à lui-même ses propres limites. Il se concentre sur l'espace qu'il s'est assigné : contemplari, l'acte de contempler, est ce geste « conclusif » par lequel la conscience s'auto-détermine dans les limites de son voir. Non point, cependant, qu'une telle détermination sonne comme un terme limite, comme un achèvement au-delà duquel il n'y aurait plus rien. Tout au contraire, c'est précisément parce qu'elle met en jeu une conclusio5, c'est-à-dire un art de circonscrire, que la contemplatio se révèle comme le lieu de l'approfondissement : dans cet espace du regard dévoilé pour lui-même, dans le recueillement de la theōría6, s'ouvre alors pour le sujet la possibilité d'une compréhension unifiée et unique selon la double modalité du soi et du monde. Il fait surgir en le déployant ce qui tout d'abord se tenait caché dans l'objet, ce qui s'y tenait caché et qui l'attendait comme cette possibilité uniquement sienne de l'appropriation, ce trésor de la sensibilité à nul autre pareil qui rend, ainsi que le souligne Hölderlin, éminemment personnelle et éminemment nécessaire toute expérience artistique7. En ce sens, l'acte de contempler, le contemplari s'oppose au « video », à l'acte de vision qui ne rencontre que frontalement la surface de l'objet, - de la même manière que le θεάomai (θεάομαι) grec s'oppose à l'horáō (ὁράω) -, qui l'effleure, qui le neutralise comme un élément parmi d'autres d'une représentation monotonale. Ainsi donc, dans le champ de l'expérience artistique en général, mais tout particulièrement au cœur de l'expérience picturale qui se présente déjà à nous au sein de l'espace délimité du tableau, le concept de contemplation permet d'ouvrir dans le monde la possibilité d'une authentique expérience de la rencontre : réapprendre à porter attention à ce qui cherche à nous apparaître dans l’œuvre, c'est ressaisir du même coup et dans un même mouvement l'authenticité de notre propre regard dans sa capacité à accueillir ce lieu d'où nous parle la voix créatrice d'une autre conscience. En définitive, la contemplation se tient au centre du voir, parce que c'est par la contemplation que le voir se recentre en dégageant la véritable spécificité de ce qu'il fait apparaître ; dans le déploiement d'un même foyer, d'un habitat commun au monde, à l'artiste et à notre propre régime intérieur, ce qui se tenait jusque là en retrait vient à l'apparaître : «  l'art ne représente pas le visible, il rend visible ».

G.

1 - P.KLEE, Théorie de l'art moderne, chapitre 3.

2 - Kant, après avoir souligné l'emploi spécifiquement allemand du terme « esthétique » pour désigner la critique du goût comme philosophie du beau, caractérisation qui remonte à Baumgarten, définit dans sa préface à la Critique de la faculté de juger « les jugements qui intéressent le beau et le sublime de la nature ou de l'art » comme « esthétiques ». Cf. KANT, Critique de la faculté de juger, « Préface de la Ière édition, 1790 », Vrin, Paris, 2000, p.27 ; trad. A.Philonenko.

3 - Z.BAUMANN, Le coût humain de la mondialisation, Hachette, Paris, 1999, p.124.

4 Chez Kant, le phénomène donne à voir la manière dont le réel se présente à la conscience du sujet connaissant via les formes de l'intuition (l'espace et le temps) et de l'entendement (les catégories), et ce, de manière universelle. Le système kantien échappe ainsi à l'objection du relativisme : Le phénomène objectif n'est ni complètement indépendant de toute conscience, ni un simple « vécu » subjectif, il se dit comme l'objet d'une expérience possible reposant sur un système de connexion identique pour tout sujet et reposant sur une loi d'unité. Cf KANT, Critique de la raison pure, I Théorie transcendantale des éléments, 1ère part., Esthétique transcendantale, § 1-7.

5 - La conclusio, dont provient le terme « conclusion » c'est en latin l'art de circonscrire. En rhétorique classique, la conclusio sententiarum désigne l'art de circonscrire dans une période bien arrondie le mouvement de la pensée. En ce sens, toute pensée qui se meut dans le langage, de manière plus ou moins imparfaite, se meut en vue de, et dans la conclusio.

6 - Cf ARISTOTE, Métaphysique, A, 2,982b 1-25. La philosophie y est définie comme une science « « théorétique » parce qu'elle est la science du connaissable par excellence, une fin en soi qui trouve dans son actualisation même la reconnaissance et l'assise de sa légitimité.

7 - Dans une lettre à son frère datée du jour de l'an 1799, Hölderlin écrit à propos de l'essence des beaux-arts en général, et de la poésie en particulier, le texte suivant : «« On a déjà tant parlé de l'influence des beaux-arts sur la formation des hommes, mais comme si personne ne prenait la chose au sérieux ; et c'était tout naturel, car ils ne pensaient pas à ce que l'art, et particulièrement la poésie, est de par sa nature. [...] L'homme se recueille en elle et elle lui dispense le repos, non le repos de la vacuité, mais un repos vivant, où toutes les forces sont en mouvement et où seule leur harmonie intime empêche de percevoir leur activité. Elle rapproche les hommes et les rassemble, mais non à la façon du jeu où ils ne sont unis que parce que chacun s'oublie et que personne n'apparaît dans sa particularité vivante. » HÖLDERLIN, Oeuvres, III, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1967, p.368 ; trad.  D.Naville.

lundi 14 mai 2012

Hôpital



Hôpital. 

Cette entrée en matière prévient suffisamment : vous n'entrez pas ici dans l'antre à friandise de votre amie Candie. Mais ne vous laissez pas avoir pour autant, cet univers n'est pas fait de murs blancs et d'odeurs médicamenteuses. Au contraire, ce petit groupe d'Aachen, ou d'Aix-la-Chapelle pour ceux qui n'ont pas oublié leurs premiers cours d'histoire, vous promets bien des couleurs.

D'abord, évidemment, on s'arrête sur la voix de la chanteuse (Mareen Jopek) qui n'est pas sans rappeler celle de Deborah des Cranberries, vous propulsant de fait quelques années en arrière. Douce et claire, elle réussit à créer une atmosphère intime, créant une relation directe et personnelle avec la musique. Les mélodies, elles, menées pas Frank Schulze, sont des histoires mélancoliques racontées par une guitare folk qui vous ramènent à vos souvenirs d'arpège en arpège. Parfois le piano s'installe seul à côté de la voix claire, tout comme les vagues accompagnent le vent en bord de mer et viennent se déposer sur la plage. 

De grandes envolées en chutes maîtrisées, c'est toujours en douceur que vous promène Hôpital.
Comme un bel album de Cat Power, vous voilà pris entre divers sentiments contradictoires. Effectivement, c'est un hôpital au sein duquel vous êtes seul avec votre détresse. Mais c'est une détresse bien calme, un abandon accepté avec sérénité qui vous tend les bras. Le groupe fait preuve d'une magnifique fragilité, comme un enfant fait ses premiers pas. Toujours trébuchante sans jamais s'effondrer, la voix de Mareen oscille sur Lighthouses, faussement fausse, rattrapée de justesse par la mélodie, tandis qu'elle s'envole sur Hush en appelant au calme.



De surprise en surprise, sans jamais sombrer dans un pathos trop évident, mais toujours sur le fil, voilà une musique bouleversante. Pleine tout à la fois de promesses et de résignations, il ne reste qu'à espérer le meilleur. 

Marion.

Leur chaîne Youtube: ICI
Leur page Facebook: ICI

jeudi 10 mai 2012

"Orpheo Song" de Station


L'aboutissement d'un projet artistique est toujours un moment dont l'intensité émotionnelle à quelque chose d'ineffable, pour ceux qui de près ou de loin l'ont suivi et porté. La création inspirée a cela de beau, qu'elle ouvre à chaque réalisation de nouvelles portes et souligne de nouveaux espaces à investir.  Pour les avoir suivi depuis leurs débuts, voire même leurs "balbutiements" (je  garde précieusement l'enregistrement rarissime des premiers accords de guitare du chanteur) il est facile d'imaginer mon émotion lorsque j'ai pu tenir le premier album "I won't be long" du groupe Indie Rock rennais Station et visionner peu après leur tout premier clip.





A l'image du Web 2.0, ce projet a été une aventure collective, puisqu'il a débuté par un appel aux soutiens (moraux et financiers ;) au moyen de l'astucieuse "Maison de créativité" KissKissBankBank, bien connue des créateurs en tout genres. Soutenus et produits par le metteur en scène et comédien bordelais Renaud Cojo (Et puis j'ai demandé à Christian de jouer l'intro de Ziggy Stardust; Plus, tard j’ai frémi au léger effet de reverbe sur I Feel Like A Group Of One - "Suite Empire"), les jeunes musiciens ont su trouver dans cette collaboration la confiance et l'expérience nécéssaire à la réalisation d'un projet de cette envergure. A la clé se dégage une pop soignée et intérieure dans la lignée du rock anglais d'aujourd'hui et d'hier, de David Bowie à Arcade Fire en passant par les Libertines.




Official "Orpheo'Song" Video.
Directed By Renaud Cojo For STATION
© Ouvre le Chien Music 2012


Orpheo'Song - premier clip officiel du groupe Station - est une oeuvre à part entière où la musique se mêle à une esthétique visuelle sophistiquée. On se laisse facilement porté par la gravité  mélancolique de l'entrainante mélodie du groupe, à la recherche de cette Orpheo mystérieuse à qui la chanson est dédiée. Qui est elle et d'où lui vient cette tristesse? Est-ce cette petite fille qui semble regarder le passé dans les technologies d'aujourd'hui? Par une succession de mises en abimes temporelles et spatiales, où se dessine un jeu de miroirs introspectif, on reconnait la marque du théâtre de Renaud Cojo. 
Les images fortes des visages masqués par des dessins d'enfants interpellent. L'enfance, "cocon" fondateur et déterminant dans la construction de l'identité est elle pour ceux qui se cherchent, un masque derrière lequel on se réfugie pour crier? La symbolique du masque, derrière laquelle se cache la souffrance et le questionnement, n'est pas sans rappeler le masque de vers dans Comfortably Numb des Pink Floyds.  Pourtant, face à la mer, les jeunes bretons semblent vouloir dépasser ces interrogations en évoluant comme hors du temps et du lieu, faisant des éléments et de l'éternité les seuls témoins de mélodies que le vent se chargera d'apporter à ceux qui sauront les entendre - comme cette petite fille. On ressort donc, à l'instar d'Orpheo, ému par un clip qui laisse dans nos têtes "some music that moves". 

Bravo à Eliott Manceau, Thibaud Vitré, Brieuc Bohu, Alex Legallet, Iwan Benoist et Renaud Cojo pour ce projet.

JX.